Michel Houellebecq
invite Rosemarie Trockel & Théa Djordjadze
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| photo: Blaise Adilon |
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photo: Blaise Adilon |
« Le monde n'est pas un panorama », 2007
Sculptures de Rosemarie Trockel et Thea Djordjaze :
«The Crack-up», 2007
«On the Wound of Mike», 2007
Courtesy Rosemarie Trockel & Thea Djordjadze
Affiche de Rem Koolhaas
Auteur des maquettes utilisées pour la conception des vitrines : Etienne Rozsaffy
Remerciements au Musée des Confluences, Lyon
MICHEL HOUELLEBECQ
né à la Réunion en 1958 vit et travaille en Irlande et en France
Michel Houellebecq est probablement l’une des figures majeures de la littérature française de ces quinze
dernières années. Avec son dernier roman, “La Possibilité d’une île”, comme auparavant “Extension du
domaine de la lutte”, “Les Particules élémentaires” et “Plateforme”, l’oeuvre de Houellebecq s’inscrit dans une démarche
réflexive, de nature néoréaliste, sur les enjeux et dérives de notre temps. Dans ce roman, Houellebecq pointe à nouveau
les symptômes d’une crise existentielle et idéologique. A travers des récits du commencement du monde semés d’imprécations et de
prophéties, il propose une vision désenchantée d’une possible fin du monde. Pour la Biennale de Lyon, Michel Houellebecq produit une
version d’exposition d’un élément de décor de son film adapté du livre, actuellement en tournage. Ce décor renvoie à la théâtralité
des musées d’ethnographie et aux fondements littéraires et philosophiques de son oeuvre. L’architecte Rem Koolhaas et
l’artiste Rosemarie Trockel participent à son élaboration.
ROSEMARIE TROCKEL
née en 1952,
elle vit et travaille à Cologne.
THEA DJORDJADZE
née en 1971 à Tbilisi,
Géorgie.
Leurs coopérations sont
nombreuses : Modus (avec Gerda
Scheepers), Kunsthalle St. Gallen,
2006; IWill , Schauspielhaus
Düsseldorf; Play !, Stadtmuseum Düsseldorf, 2005; L’Ananas Bianco
(avec Bettina Pousttchi), Palazo
Zenobio, Venise; Utopia Station —
Postersection (avec Bettina Pousttchi),
Arsenale, Venise, 2003.
A l’instigation de la Biennale, Michel Houellebecq réalise la version muséale d’un décor
du film adapté par lui-même à partir de son roman « La possibilité d’une île » (2005).
Pour cette création, il invite Rosemarie Troeckel et Thea Djord j a d ze à concevoir un
ensemble de sculpture s. L’architecte Rem Koolhas est lui invité par Houellebecq à concevoir à cette occasion une affiche, prémices d’une séquence du film.
Hans Ulrich Obrist : «Vous travaillez actuellement à la scénographie et au décor d’une scène de votre
film, je crois à partir de la visite d’un musée de la préhistoire.»
Michel Houellebecq : «J’avais un souvenir fo rt de cette scénographie particulière mise en place au
musée de Tautavel, j’y suis retourné pour l’occasion, et mon impression a été aussi forte qu’à la première
visite.»
Hans Ulrich Obrist : «Dans cette salle de musée, le spectateur est plongé dans la pénombre, comme
dans une salle de cinéma.»
Michel Houellebecq : «C’est à mon avis cette utilisation de la pénombre qui fait que l’installation de
Tautavel, malgré une qualité d’exécution inférieure, a un impact supérieur à celles du Muséum d’histoire
naturelle de New York. La qualité d’exécution n’est pas un facteur déterminant pour le film,
puisque ces vitrines sont supposées être l’oeuvre du prophète, qui est un artiste « idéologique », souhaitant
transmettre un message. Concernant les âges préhistoriques, son message est celui de
Schopenhauer, de Baudelaire, d’Aristote déjà : une horreur et un dégoût radical par rapport à la
manière dont est organisé le monde naturel. J’ai donc imaginé deux pièces : l’une où un ours dévore
un nourrisson et où les humains ne sont pas en mesure de s’y opposer, et une autre scène où un loup
déchiquette une biche…»
Propos recueillis par Stéphanie Moisdon et Hans Ulrich Obrist - catalogue p. 161
Das Welt ist kein Panorama
(Le monde n’est pas un panorama)
Ces vitrines appartiennent au décor d’un film tiré de mon roman, “La possibilité d’une île”. Dans ce film, elles sont supposées être l’oeuvre du chef spirituel d’une secte (interprété
par Patrick Bauchau). Elles expriment sa vision négative, tant du monde naturel
que de la société contemporaine. Rosemarie Trockel et Thea Djordjadze ont réalisé les
sculptures de la vitrine commentant le monde contemporain. Etienne Rozsaffy est l’auteur
des fonds peints. Je suis moi-même responsable de la réalisation du film.
Le prophète disparaît avant d’achever son oeuvre, d’où sans doute sa tonalité sombre,
car s’il a une vision négative du monde tel qu’il est, et qu’il a été, le prophète reste un
optimiste, et il fonde de grands espoirs dans le progrès technologique. C’est un personnage
que je trouve très attachant dans le film – il y a une vraie naïveté en lui.
Après la disparition du prophète, l’humanité traverse différentes étapes sur lesquelles le
film se montrera, comme le livre, assez peu précis.
Le schéma d’une mégalopole beaucoup plus vaste que celles que nous connaissons
actuellement sera réalisé en effets spéciaux.
Rem Koolhaas se charge de sa conception;
le travail est en cours, et sera documenté ici au fur et à mesure de son avancement.
Les textes proposés sont des commentaires du monde qui me paraissent aller dans le
même sens que l’oeuvre réalisée du prophète. Sur la “liberté individuelle” et la “responsabilité”,
Schopenhauer se montre si évasif que l’animal (à l’exception,
probablement, du chien de petite taille) paraît, dans sa philosophie, à peu près aussi
condamnable que l’homme – et ce pour les mêmes raisons.
La phrase “Das Welt ist kein Panorama” est également tirée de l’oeuvre de
Schopenhauer. On peut y voir une critique morale du sublime ou même du beau dans la
représentation du monde naturel (que cependant Schopenhauer, lorsqu’il raisonne en
philosophe de l’art, approuve, alors qu’il se pose en contempteur inconditionnel du
gore). Généralisant un peu, on peut y voir une critique de l’art en tant que tel.
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