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Entretien avec
Mourad Merzouki,
Chorégraphe invité et
Carla Frison, Chorégraphe
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Isabelle Danto : Vous avez participé au Défilé, en pilotant un de ses groupes dès sa première édition en 1996 lors de la Biennale brésilienne, puis en 2006. Cette année vous êtes le chorégraphe invité de la Biennale, quelle forme prend votre intervention dans le Défilé ?
Mourad Merzouki. Pour cette nouvelle édition du Défilé, devenu le signe fort de la politique d’ouverture de la Biennale au plus grand nombre, je continue de raconter les rapports sociaux dans la ville en chorégraphiant, avec ma compagnie Käfig, pour le groupe de Bron. Mais sur la proposition de Guy Darmet, je construis cette année encore autre chose, en intervenant auprès de tous les groupes du Défilé. J’ai d’abord imaginé pour les 4500 participants une chorégraphie qui puisse s’étirer sur tout le parcours, des Terreaux à Bellecour… ce qui, très vite, s’est révélé techniquement impossible ! J’ai alors, à défaut d’une grande chorégraphie commune, balisé ce parcours avec des « pointillés » qui sont un fil conducteur entre les quinze groupes. Ils fonctionnent comme un refrain, grâce à des textes « live » écrits par un slameur, mettant en valeur l’immense synergie du Défilé, dont la démarche de création reste exceptionnelle, en plus d’être un lieu de partage exemplaire.
Isabelle Danto : Est-ce parce que vous êtes Brésilienne en plus d’être chorégraphe que vous êtes particulièrement fidèle au Défilé ?
Carla Frison. Je suis arrivée à Lyon pour la Biennale brésilienne et j’avais auparavant participé au Carnaval de Rio, dont le but est éminemment social. Car si le carnaval de Rio est une fête - toutes les écoles de samba y participent, et les groupes ne sont pas de 250 comme ici, mais de 4000 personnes - il s’agit avant tout d’un concours ! La joie, l’imprévu, l’éphémère sont au rendez-vous mais il s’agit surtout de gagner ! A Lyon, l’enjeu social ne prend pas le pas sur la création artistique, même s’il s’agit pour les groupes de trouver leur place dans la ville et la société, ce qui peut effrayer quand on s’expose aux regards du public. La mobilisation et l’engagement de tous sont vraiment magiques. Cette année à Rillieux j’ai travaillé de façon très participative à raconter l’histoire du monde, pour faire simple… (Rires).
Isabelle Danto : Comment s’organise pratiquement un projet ?
MM. Le Défilé représente un immense travail en amont, un engagement d’un an et demi auprès des structures locales, théâtres, maisons de quartiers, MJC, associations et de nombreux bénévoles. Encadrés et guidés par une équipe artistique qui compte plusieurs personnes et différents métiers - du costume à la scénographie en passant par la musique, les gens se retrouvent, régulièrement, dès janvier, en salle puis en plein-air, pour travailler dans de vraies conditions de « filage ». Le plus beau du projet est sans doute cette extrême mobilisation, son rythme et sa rigueur. Les responsables savent qu’ils portent, au-delà d’un véritable projet artistique, un projet humain. Tous suivent ensemble, artistes, participants amateurs, et c’est pour cela que ça marche et que cela manque quand tout est fini... avant que cela ne recommence ! |
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