Wen Hui
   
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1re
Mondiale
  Danse contemporaine A partir de 15 ans

Living Dance Studio

Memory
Pièce pour 2 danseurs - Création Biennale

Chorégraphie : Wen Hui

Musique : Wen Bin

« Alors, la Chine ? » s’interrogeait Roland Barthes dès 1974. L’ère Mao était sur le point de s’achever et la Chine entrait dans une période incertaine. Aujourd'hui, la chorégraphe chinoise Wen Hui propose une nouvelle création pour donner des nouvelles de son pays qui n'a pas fini de faire le grand écart entre la tradition et la modernité. En ranimant la musique et les paroles d'une chanson très populaire à l'époque de la Révolution culturelle, Wen Hui a réveillé des états de corps volontairement oubliés, des sensations, des gestes et des mouvements qui font ressurgir les souvenirs de son enfance : un passé dont les muscles, la peau et tout le corps ont gardé la mémoire. Croisant une approche historique et une esthétique contemporaine, Wen Hui montre ainsi comment le corps peut être perçu comme une archive vivante qui garde les traces de son propre passé et de son propre avenir. Cette pièce incarne l'idée de la danse comme art du présent et lieu de mémoire et expérimente comment en Chine, la danse en marge du ballet et de la danse folklorique, peut se fabriquer autrement, se renouveler par son passé et créer la culture contemporaine et urbaine d'aujourd'hui.
Un travail très intéressant à mettre en lien avec l’histoire politique et culturelle de la Chine du XXème siècle. Une occasion rare de découvrir une compagnie chinoise hors de ces frontières.

 
 
   

Wen Hui

Wen Hui a commencé la danse enfant. A 13 ans, elle étudie la danse traditionnelle au Conservatoire de Yunnan avant d’entrer au département de chorégraphie de l’Académie de danse de Pékin. Une fois diplômée, refusant de rentrer dans le circuit étatique, elle préfère créer ses propres formes. Elle part alors poursuivre sa formation en danse contemporaine aux Etats-Unis et en Europe avant de fonder à Pékin, en 1994, sa propre compagnie.
The Living Dance Studio est l’une des rares compagnies indépendantes émergeantes de la scène culturelle et artistique chinoise. Sans aucun soutien financier de l’Etat, elle a énormément contribué au développement des nouvelles formes d’expression artistique. La compagnie se définit comme un collectif d’artistes venus de différents horizons. Le but est de donner l’image d’une Chine contemporaine en utilisant le multimédia, la danse et le théâtre. « Pour moi, la danse est l’expression de l’identité, une interprétation de sa propre vie » dit la chorégraphe. La création la plus célèbre de la compagnie est Report on Giving Birth (1999) qui sonde la vie quotidienne de la femme chinoise, ses relations avec les hommes, sa place dans la société, investissant plus particulièrement l’expérience de la maternité.

Dans la thématique de la Biennale
La mémoire du corps

Dans ce spectacle, la chorégraphe a exploré les différents endroits du corps où les souvenirs s’implantent ; elle tente de montrer comment le corps porte en lui toute notre mémoire. En exécutant un geste, en éprouvant une sensation, notre corps nous ouvre les portes de souvenirs enfouis, sorte de catalyseur, « archive vivante » qui porte notre passé et nous permet également d’avancer vers l’avenir. Avec ce spectacle et ce travail singulier, la chorégraphe place la danse au cœur de l’histoire de la Chine, faisant directement écho avec la citation phare de cette 13ème Biennale : « Sans mémoire, comment construire le présent et penser le futur ? ». (Antonio Venancios)

Les mots de Wen Hui :

« Mes mémoires sont liées à mon corps. Lors de nos jeunes années (1960-70) nous vivions et grandissions dans un environnement communautaire – nous nous attendions tous à étudier et dîner ensemble, à nous coucher et nous lever en même temps. Vivre en communauté n’accepte aucune individualité ; nous avions peur de découvrir notre côté intime - le corps lui-même était alors une source d’anxiété ou même de culpabilité. Nos mémoires sont alors enracinées dans nos corps. Ces souvenirs ont été le point de départ de cette création. Comment le passé peut-il dessiner le futur ? J’ai grandi dans les années 60 et début 70 en pleine révolution culturelle en Chine, et mon souvenir le plus fort est que j’ai appartenu à cette collectivité. Cela a influencé mon esprit, ce que je suis et ce que je serai. Même si j’essaie de penser et de créer d’une façon indépendante, je ne peux pas m’extraire de la société. » (Wen Hui)

Le langage chorégraphique de Wen Hui :

Selon la chorégraphe, le corps a son propre langage. Et elle le place au cœur de ses réflexions et de son processus de création. La question du corps, en Chine est complexe : Il n’est pas question d’éducation sexuelle ou même d’évoquer le sujet du corps, ceci par pudeur mais également par timidité. Wen Hui déclare n’avoir jamais entendu sa mère lui parler de son corps. Ceci inspire particulièrement le travail de la chorégraphe, qui utilise toujours des matériaux empruntés à la vie quotidienne et culturelle chinoise pour ses productions : qu’il s’agisse de récits, témoignages ou simples gestes issus du quotidien.
S’asseoir dans la rue, observer les mouvements, sentir les flux, écouter les sons sont autant d’actions sensibles qu’elle aime à réaliser pour être en lien avec ce qu’elle appelle « la vraie vie du quotidien ». Ainsi, son travail livre un témoignage, presque documentaire de la Chine moderne, proposant une vision des choses en l’état, telles qu’elles sont et telles qu’elles apparaissent.

Afin de vous guider dans l’univers du spectacle, nous vous proposons quelques repères historiques et contextuels sur la Chine dont Wen Hui fait référence, dont elle s’inspire et à partir desquels elle créé.

Voir le dossier thématique : "la Chine comme contexte de production"